En parcourant une de mes bonnes sources d’infos locales, je suis tombé sur une chronique de Rima Elkouri avec qui je me sens souvent en désaccord.
Sujet : Le retour du groupe Noir Désir et surtout de son chanteur Bertrand Cantat, sorti de prison.
Cette question, je me la suis posé : Dois-je boycotter Noir Désir ?
Autant dire ce qui est, à l’époque je ne connaissait Marie Trintignant que par son père. Sauf que j’avais dans le iPod "Pièce montée des grands jours" de Fersen dans lequel elle interprète la chanson éponyme. Et je demeurais choquer d’entendre cette voix si proche et pourtant morte, tuée.
Du coup, faute d’un boycott en bonne et due forme, Noir Désir était exclu de mon iPod. Fait du hasard, je me remis à écouter Tostaki et autres Homme pressé voilà deux semaines à la suite d’une réorganisation de ma sonothèque (avec un usage intensif des tags sur l’auteur et l’album pour pouvoir mieux les trier dans iToune... et c’est utile !)
Mais je peux tout à fait imaginer que les mêmes idées que Rima Elkouri me viendraient à l’esprit en écoutant les nouveaux morceaux de Noir Désir. En fait, je ne les écouteraient pas. Noir Dez est un groupe d’anthologie sur lequel j’ai passé beaucoup de soirée mais c’est un groupe du passé.
Et en bout de ligne, je ne pense pas que ce soit pour "punir" Cantat pour son acte sur lequel il a pu ressasser à loisir. C’est plus surement pour éviter de se poser des questions existentielles sur la relation entre les actes d’un artiste et son oeuvre, sur le cautionnement plus ou moins direct de la violence faite aux femmes ou sur les peines de prison en général. Non, définitivement je ne veux pas avoir tout ceci à l’esprit quand j’écoute de la musique, aussi simplement que ça.
Alors le dernier Fersen (qui semble vraiment être l’antithèse de Cantat d’ailleurs) fait bien l’affaire. Et du vieux Noir Désir pour son statut "historique".

Question éternelle, faut-il cesser d’aimer les écrivains racistes ou antisémites ? Les artistes violents, criminels ?
Je ne pense pas qu’il y ait de réponse unique qui vaille pour tout le monde. C’est une affaire très personnelle. Et je ne dis pas que c’est personnel car ça dissimulerait un accord avec les idées ou le comportement de l’artiste, ce qui dans le cas général est faux. Je dis que c’est personnel car chacun a sa façon personnelle d’interpréter sa relation à un artiste à travers son œuvre.
En ce qui me concerne, du moment que l’œuvre elle-même n’est pas porteuse d’idéologie qui me rebute (et à moins que je ne m’intéresse à l’œuvre précisément pour cette raison), peu m’importe, vraiment. Je n’arrive pas à établir le moindre lien entre le fait d’écouter Noir Désir et un quelconque positionnement de complaisance face aux événements terribles que l’on sait. C’est distinct, c’est tout. Il y a une chose, et une autre. Je n’ai jamais été un grand fan de ND mais j’ai toujours bien aimé et continué à bien aimer. Ceci dit, leur nouvelle composition ne me plaît pas, mais c’est purement d’un point de vue artistique.
En aparte, pour reprendre ma question du début, on peut la reformuler ainsi : faut-il accoler à la justice institutionnelle une justice populaire supplémentaire qui consisterait à rejeter socialement les moins vertueux, les plus dépourvus de morale, à les priver d’amour du public, comme une seconde peine ?
On sait ce que vaut la justice populaire, donc pour moi la réponse est clairement, dans le cas général, non. Encore une fois, chacun est libre d’aimer qui il veut pour les raisons qu’il veut, mais je ne pense pas qu’on ait le droit de propager un message de haine ou de boycott à leur égard. (Ce que je ne t’accuse absolument pas de faire, hein, pour dissiper par avance tout malentendu.)
Pour mieux connaître Marie Trintignant, je conseille le téléfilm "Victoire" qui raconte l’histoire du droit à l’avortement en France. Pour moi Marie Trintignant restera à jamais liée à ce rôle.
Et puis aussi "Betty" de Claude Chabrol...
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Le 18/11/2008
à 18h52